lundi 7 mai 2007

Bienvenue dans la France d'aprés (2)

Voilà, c'est fait. 53 %... Ils sont donc plus nombreux les bourriquets à avoir choisi l'école de pensée Steevy Boulay, le courant culturel Barbelivien-Hallyday-Clavier et la doctrine économique Forgeard-Gergorin-Breton. Bien sûr, je suis très amer, et à cause de celà, je vous demanderais de bien vouloir prendre un peu de distance avec mes propos avant de vous mettre à penser... Les leaders d'opinions sont dans l'autre camp. De mon coté, je vous engage à vous (ré ?) entrainer à penser par vous-même, on va en avoir besoin.

Certains se sont étonnés de ne pas avoir vu de nouveaux posts de ma part entre les deux tours (Tain, Fébro qu'est ce tu fous ? T'es mort ? T'es en taule ? Un élu UMP t'a fait casser les doigts ?). En fait, n'étant pas superstitieux donc incapable de faire la différence entre des propos qui porte bonheur et d'autres qui porterait la poisse, j'avais décidé de ne pas tenter le sort en restant sur une prudente réserve. On ne sait jamais avec le hasard. Peine perdue, toutes les incantations, danses de la pluie, poupées vaudous (miniatures), cérémonies à poil autour d'un feu de camp, processions, auto-flagellations, tous les cierges, poulets éventrés (attention, c'est une image... J'aime trop le rap pour en faire moi-même), pneus de 4x4 lardés à l'Opinel, sacrifices de chèvres (là aussi c'est une image, je n'ai porté atteinte à aucune chanteuse québecoise), grigris fétichistes, tous les trucs mystiques qu'on pourrait imaginer n'a pas suffit. On est dedans jusqu'au cou, et par des contorsions miraculeuses j'ai l'impression qu'on continue encore à creuser.


Ce matin, avec ma gueule des mauvais jours qui risque de devenir celle de tous les jours, je suis sorti observer la ville sous occupation sarkozyste. La mauvaise foi du gauchiste en guise de conscience, je guettais les signes d'un changement. Dans un bistrot de quartier, un vrai, pas une de ces brasseries aseptisées dont le décor tente de cacher l'absence d'âme, le patron semble guêter comme moi. Lui aussi, c'est un vrai patron de bistrot comme je les ai déjà décrit dans un de mes premiers posts. Il s'est fait cambrioler deux fois cette année, hier soir, on lui a bousillé une de ses tables de terrasse : "C'était pas les anti-Sarkos qui ont défilé cette nuit en scandant des âneries. Je les ai vus ceux-là, ils se sont contenté de gueuler." Dans le troquet, il y a d'autres commerçants de la rue pour un petit café d'avant 9h. Certains s'inquiètent pour leurs vitrines en se réjouissant d'être dans une rue piétonne sans bagnole à cramer. "Deux incendies dans la rue, ça suffit déjà. Et le type que les flics ont serré au flashball vendredi soir..." lance l'épicière. "Ils avaient juste anticipé de 48h", je lance vicelard, "le risque maintenant, c'est que beaucoup de monde attend Sarko au tournant, ils guettent le faux pas, la moindre provoc', la petite phrase ambigue." Le patron sonde sa clientèle, "ouais, on sait qui c'est ceux-là." Il a son idée bien sûr, mais reste vague des fois qu'il y ai un gauchiste à une de ses tables. Et je suis bien là. "Non, y'a de tout, des casseurs, des politiciens sans scrupules, des révolutionnaires, des paranos, des dealers, des cas sociaux, des idiots, des stratèges... de tout, qui n'attend que la confrontation." J'en suis pas, gauchiste d'accord, mais un peu trop froussard pour ériger la première barricade... Pour l'instant.


Profitant que le tabac est encore en vente libre, je consolide ma stratégie du suicide lent et douloureux à moins que ce soit ma répulsion envers les politiques hygiénistes. La buraliste sert une dame devant moi. Policé, éduqué, j'attends mon tour, je me pousse même quand le vieux entre derrière moi. Pas de bonjour, certainement persuadé que ça fait plus jeune, il chope le Figaro avec la trombine de "l'éclatant vainqueur" au-dessus d'une pub pour une montre de marque. Aïe. La dame devant moi n'a pas fini de négocier son ticket à gratter, j'attends toujours patient et bien élevé. "Bonjour M. Machin", lance la buraliste. Ernest Antoine Machin, compagnon de la libération des bigorneaux, pose son canard sur le comptoir déjà maculé d'hébdos people à la gloire du chef. La politesse c'est juste à la préfecture, et seulement en présence d'un haut fonctionnaire, certainement pas pour les péquins qui font la file dans le petit commerce. La dame devant moi prendra son temps pour mieux choisir la couleur du billet de loterie pour la fortune, moi j'ai qu'à m'habiller correctement. Papy, résistant de la première heure depuis hier soir, sort son biffeton de 50 pour payer sur le champ avant la plèbe qui transpire son torchon qu'il a décidé de faire encadrer pour l'ajouter en bonus à son héritage désormais détaxé. La commerçante, complice, peut être soumise à l'occupant, se jette sur le billet et pendant qu'elle galère pour rendre la monnaie, meuble avec son client pressé à la retraite. "Alors M. Machin, vous avez pas trop fêté ?" Le vieux est donc connu dans le quartier pour ses sympathies douteuses. "Trois bouteilles de champ' " qu'il répond. "Vous avec vot' Dame ?!" s'étonne-t-elle les mains enfoncées dans la caisse."On a fêté avec mon fils." Ah ! Donc ils se reproduisent. Sans autre choix que de prendre mon mal en patience, j'imagine la scène familiale estampillée pure France, monsieur, madame et le fiston, debout ma main droite sur le coeur, la gauche sur la coupette entonnant la Marseillaise. Connement, ça m'a rappelé les vendredi matin au garde à vous devant la montée des couleurs sur la place d'arme du régiment. J'avais l'impression à cette époque de faire un tout avec mes camarades habillés en vert avec un petit chapeau rouge comme moi. Aujourd'hui, dans ce bureau de tabac, j'ai pas assez d'imagination pour concevoir ce que j'ai en commun avec le malotru victorieux qui passe avant tout le monde.


La victoire électorale rend peut être con, à moins que ce soit l'exaltation des lendemains qui chantent "Président, nous voilà !!!". Je suis peut être parano, peut être aigri. C'est peut être ma vision du monde et non le monde qui a changé hier. En tous cas, je vais rester vigilant sur ma santé mentale, mon casier judiciaire et mon journal télévisé.

4 commentaires:

nevrosia a dit…

Tant que tu auras la force de t'insurger, je considérerai que tu vas bien.
Il est encore meilleur de te lire, même dans la colère, car il y a de "saines colères" ;-) qui font du bien lorsque tout le reste fout le camp !

zarawhites a dit…

ce n'est pas de ton esprit, ni du mien que je m'inquiète...c'est de l'esprit de 53%de la population française!
je suis sur qu'ils sont déjà mangé trop de OGM et que leur esprit en est modifié!

griffoninne_la_couche_tard a dit…

Je suis rassurée : Tu n'as perdu ni ta verve , ni ton humour !
Et oui , il y a bien un sacré paquet d'abrutis dans ce pays :Mais ça , dis, tu le savais déjà , non ?
Ceci dit , puisqu'ils se reproduisent , je t'encouragerais à faire de même !!!
Quand nous avons appris les résultats , par une pote, ma mome et moi , ma mome , qui n'est pas bête a crié : "Quoi !! Et les sans -papiers , ils va les renvoyer dans leur pays , et dans leur pays ils sont en danger !"
C'est clair , pas vrai ? (Elle a 7 ans et demi , donc c'est censé être fastoche à comprendre , nierk , nierk !), et hier après moults questions elle a éclairci chaque terme de la phrase : "Sarko facho, le peuple aura ta peau!" et décidé de la scander aussi ...en manif , ben oui...
Tu vois, l'avenir n'est pas foutu-fichu ! :-))
(Mais c'est pô gagné, j'suis bien d'accord...)

thalys a dit…

Ton écriture n'a rien perdu de sa superbe;-) que ce soit pour ce billet ou le dernier écrit en suivant.
Comme je suis ok avec toi , je ne rajouterai rien d'autre, si ce n'est que ce résultat d'élection, pour moi, n'est absolument pas une surprise. J'avais déjà mon opinion, tirée de mes observations sur le contenu des crânes de la majorité des gens (de la bouillie que seules la peur et la haine animent, pas de neurones, pas de synapse!)
Donc, pas surprise, juste confortée dans mon dégoût de la plupart des humains, et la honte d'en faire partie!
Que les résistants, les libres penseurs se fédèrent, la lutte va être ardue...